Affaire Clearstream: appel du parquet, Villepin accuse Sarkozy

Dominique de Villepin subira un second procès après la décision du parquet de faire appel de sa relaxe dans l’affaire Clearstream, un nouvel écueil que l’ancien Premier ministre impute à « l’acharnement » et à « la haine » de Nicolas Sarkozy à son encontre. 

Au lendemain du jugement du tribunal correctionnel de Paris innocentant Dominique de Villepin, le procureur a annoncé sur Europe 1 qu’il interjetait appel au motif « qu’il reste encore une part de vérité à faire émerger » dans cette affaire de manipulation de faux listings bancaires dans laquelle Nicolas Sarkozy était partie civile.

Jean-Claude Marin a assuré qu’il n’agissait pas sur instruction de l’Elysée – Nicolas Sarkozy a constitutionnellement autorité sur le parquet. « En ne faisant pas appel, j’aurais trahi le protocole habituel de fonctionnement du ministère public », a-t-il expliqué.

Des arguments que récusent Dominique de Villepin et son avocat, Me Olivier Metzner.

« Je connais bien Jean-Claude Marin, je le connais en tout cas suffisamment pour savoir que ce n’est pas sa décision », a dit l’ancien Premier ministre sur RMC.

« Ce qu’elle montre cette décision, c’est qu’un homme, Nicolas Sarkozy, président de la République, préfère persévérer dans son acharnement, dans sa haine », a-t-il affirmé.

Me Metzner dénonce également « une décision politique ».

Dominique de Villepin « viendra sereinement devant la cour d’appel et l’on voit mal comment ce jugement extrêmement argumenté pourrait être infirmé », a-t-il dit sur i>Télé.

« UN PIÈGE »

Le procureur de Paris avait requis 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende contre Dominique de Villepin.

Nicolas Sarkozy avait fait savoir jeudi par communiqué qu’il était satisfait du jugement et qu’il ne souhaitait pas d’appel.

Le deuxième procès devrait se tenir fin 2010-début 2011, alors que les états-majors politiques se mettront en ordre de bataille pour l’élection présidentielle de 2012.

Un calendrier judiciaire qui compromettrait pour Dominique de Villepin le lancement éventuel d’une campagne électorale.

Ce dernier n’a pas fait mystère par le passé de ses ambitions présidentielles mais il cultive l’ambiguïté sur ses intentions pour 2012.

Réaffirmant n’éprouver ni « rancoeur » ni « rancune » envers Nicolas Sarkozy, il a laissé entendre vendredi, avec un mépris voilé, qu’il ne se plaçait pas dans une logique d’affrontement avec le chef de l’Etat au sein de sa famille politique.

« J’ai été aux côtés de Jacques Chirac lors de la campagne de 1995. Jacques Chirac ne s’est pas battu contre Edouard Balladur », a-t-il expliqué sur RMC, évoquant le duel à droite qui avait marqué la présidentielle de 1995.

« Débattre aujourd’hui avec un homme qui est guidé par la haine, c’est m’éloigner des Français », a souligné Dominique de Villepin, accusant Nicolas Sarkozy et son entourage de lui « tendre un piège » politique.

S’agissant de ses projets pour l’avenir, il a précisé qu’il prendrait « sereinement » une décision « dans les prochaines semaines ». Après sa relaxe, Dominique de Villepin avait déclaré qu’il « entendait contribuer dans un esprit de rassemblement au redressement de la France ».

« LES CHEVAUX DE LA GUERRE INTERNE »

Vendredi, il a décrit son futur engagement en termes plus acerbes: « Quand au sommet de l’Etat l’exemple fait défaut, il faut que d’autres hommes, que d’autres femmes portent le fardeau du pouvoir ».

Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP, a regretté sur i>Télé que Dominique de Villepin fasse de ce dossier « une affaire personnelle ».

« Dominique de Villepin est présumé innocent. Il a tout loisir de se présenter à la présidentielle », a-t-il dit.

Plus tôt, sur RTL, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, avait déclaré que les militants du parti majoritaire voulaient « avant tout de l’unité et du rassemblement ».

Mais pour le député UMP « villepiniste » Georges Tron, la guerre est déclarée.

« On nous demande de remonter sur les chevaux de la guerre interne, eh bien on va remonter sur les chevaux de la guerre interne. Dominique de Villepin aurait maintenant bien tort de se gêner de devenir un opposant frontal », a-t-il dit sur i>Télé.

A gauche, l’ancienne ministre socialiste de la Justice Elisabeth Guigou a estimé que la justice était « la victime » dans cette affaire. « Il y a un soupçon et ça c’est gravissime parce que la justice est l’un des piliers de la démocratie », a-t-elle dit à Reuters.

Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

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