FILM – JOURNALISME D’INVESTIGATION CONTRE LES INJUSTICES : L’histoire tragique de Henry Nxumalo

A travers son film Drum, Zola Maseko a livré un exemple pour l’importance et la responsabilité des journalistes dans la démocratie. En retraçant l’histoire d’un jeune journaliste d’investigation qui paie de sa vie en dénonçant les  injustices et la discrimination du régime d’apartheid en Afrique du Sud, le cinéaste encourage à suivre l’exemple de ce héros. Par Joséphine HEINITZ

ImageLe film Drum de Zola Maseko s’ouvre sur un combat de boxe. A côté du ring : Henry Nxumalo, jeune journaliste du sport, et Nelson Mandela. Nous sommes en 1955 à Johannesburg. Le régime de l’apartheid est en place, les droits de l’homme sont bafoués et la discrimination des Noirs est à l’ordre du jour. Le mouvement de l’Anc vient de se former mais tient encore à la lutte pacifique. Tout ceci ne semble néanmoins pas intéresser Henry, qui se contente d’écrire pour un magazine people, Drum, et profite des soirées dans un jazz club du quartier multi racial Sophiatown, où les amis, l’alcool, la cigarette et les belles femmes lui font oublier ses gosses et sa femme.
C’est pourtant cette dernière qui lui fait prendre conscience de la réalité. «Il n’y a pas d’électricité ou d’eau courante. Les gens souffrent de maladies. Tu as une voix, sers-toi d’elle», exhorte-t-elle son mari, qui reste pourtant convaincu que les gens, vivant quotidiennement le calvaire, ne veulent pas non plus en lire dans les journaux. C’est finalement l’histoire d’un jeune homme détenu depuis plus d’un an sur une ferme de travaux forcés qui pousse Henry vers le journalisme d’investigation.
Après avoir passé deux jours sur cette ferme, où il devient lui même victime des mesures répressives, le journal sort l’histoire à la Une. Grâce au sens des affaires du propriétaire blanc Jim Bailey, le journal devient une véritable arme médiatique de lutte contre le régime injuste en place. Désormais, ce sont des sujets comme le mauvais traitement des Noirs dans les prisons et le racisme des blancs même au sein de l’Eglise qui remplissent les pages.
Mais quand Henry entame des investigations sur un projet de réaménagement du quartier Sophiatown, visant à déplacer illégalement les habitants et commence à s’intéresser au mouvement de Mandela, il se lance sur un territoire dangereux. Son métier et son courage lui coûtent, à la fin, la vie. Il est abattu sur commande des autorités.
Ce film sud-africain, qui a remporté l’Etalon de Yennenga lors du Fespaco 2005 et a été primé comme meilleur film sud-africain au festival du film à Durban de 2005, montre ainsi la vraie histoire d’un journaliste qui fait preuve d’un véritable courage civique. «C’est à la fois le courage de dire non : Non à la ségrégation, non à l’intolérance, non à l’instrumentalisation des idéologies, non à la discrimination raciale, ethnique ou religieuse. Et c’est le courage de dire oui : Oui à la démocratie et la participation à la base, oui au respect des droits de l’homme, oui à l’Etat de droit, oui à la dignité humaine dans toutes les situations», a expliqué M. Gehrold, représentant résident de la fondation Konrad Adenauer, où le film a été projeté jeudi soir à l’occasion du Cinéclub mensuel.

«FILM HISTORIQUE, TOUJOURS ACTUEL»
C’est l’intervention d’une journaliste guinéenne lors de la discussion qui a suivi la projection du film, qui a dégagé le caractère actuel du film, en soutenant : «Bien que ce soit un film historique, dans un cadre très précis, il soulève des questions d’actualité.» En effet, ce film qui se demande : «Quel est le devoir d’un journaliste ?» et «Quel est le rôle des médias ?», évoque aussi les nombreuses difficultés qui conditionnent le travail dans les Rédactions, comme la pression des patrons et la censure des autorités étatiques et il s’interroge de manière générale au métier journalistique. D’où la conclusion du modérateur du débat, Hamidou Sagna, Rédacteur à La Gazette, qui soutient que c’est «un métier à risque, pour lequel il faut se sacrifier».
«Le journaliste n’est pas comme un avocat qui peut mentir au profit de son client. Le devoir d’un journaliste, c’est de dire la vérité», a déclaré une jeune journaliste congolaise.
«Faut-il une dose de Henry dans les Rédactions sénégalaises ?», a souligné, M. Sagna, cherchant à provoquer l’assistance qui se dit satisfaite du paysage médiatique sénégalais. Bien qu’elle ait déploré le fait de ne pas trouver assez de journalistes d’investigation sur le terrain. Car comme l’a rappelé une intervenante qui travaille pour Panos, «le journaliste d’investigation ne doit pas forcément exposer sa vie. Il y a aussi des questions primordiales qui ne sont pas politiques. Par exemple : “Comment peut-on vivre avec 30 000 francs par mois ?” ou”Comment sont les personnes accueillies dans les hôpitaux ?”». Des sujets assez pertinents et très vitaux.

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