Business autour de la mort à Touba : Quand laveurs de corps et vendeurs de linceul se frottent les mains !

Nul n’échappe à la grande faucheuse. La mort frappe à toutes les portes et il en sera ainsi jusqu’à ce que notre tour arrive. Nous serons toujours touchés par la mort en témoigne tous les êtres chers que nous avons perdu. Malgré cela, il faut vivre.

Cependant certains hommes et femmes, dans la ville sainte de Touba, gagnent leur vie grâce à la

mort. Le lavage de corps, la vente de linceul et le commerce de tableaux en fer où l’on immortalise le nom du défunt, font de la mort un véritable… business.

En ce vendredi, la ville sainte de Touba regorge de monde. Beaucoup de fidèles viennent d’horizons divers pour inhumer leur mort et assister à la prière à la grande mosquée. Ici, les gens sont habitués de voir des morts ce qui fait que cela laisse indifférent.

A tout instant, il y a des dépouilles mortelles à ensevelir. Aux abords du cimetière, les vendeurs de linceul, exposent leurs produits sur des tables de fortune.

La vente de linceul, une activité très lucrative

Ici, le commerce de linceul marche à merveille. Ces vendeurs collaborent avec les laveurs de corps.

« Nous disposons de tout le matériel nécessaire pour faire la toilette des morts. C’est moi qui récupère l’argent et à la descente je donne aux laveurs ou laveuses leur part. Pour la toilette d’un mort, il faut payer 7500 F cfa. Les prix du linceul, du parfum et la part des laveurs, sont contenus dans les 7500 F cfa. J’avoue que la vente de linceul marche à merveille, c’est ce qui explique la présence de beaucoup vendeurs aux abords du cimetière. Tous les jours, du matin au soir, les gens amènent leur mort pour l’inhumation. Nous sommes incontournables, ils viennent toujours vers nous pour acheter le linceul. C’est avec cette activité que nous parvenons à entretenir nos familles. Nous ne souhaitons pas qu’il ait des morts mais la vie est ainsi faite. Nous, qui vendons ces linceuls, nous perdons nos propres parents », confie un septuagénaire.

Habillé en boubou « Baye Lat », le septuagénaire a son instrument de mesure autour du coup. Il dispose de deux instruments de mesure, l’un en ruban et l’autre en bois pour la mesure des 7 mètres de linceul qui couvrent les morts musulmans. Un autre commerçant de confier : « La vente de linceul, est notre principale activité. C’est grâce à cela que nous tenons nos maisons. Tous les jours que Dieu fait, nous vendons des linceuls ».

Dans la ville sainte de Touba, le tissu percale se vend très bien aux abords du cimetière.

Beaucoup de gens qui accompagnent leur mort, sont obligés de passer chez ces vendeurs dont le cimetière constitue le lieu de travail. C’est un calme plat qui règne dans les lieux. Dans cet univers, c’est le repos éternel. Quelques rares individus égrainent leur chapelet devant la tombe d’un proche, priant pour le repos éternel de l’âme du disparu.

La déclamation par les « baye fall » de quelques « khassaïdes » du Cheikh, déchire de temps à autre le calme plat qui règne dans le cimetière.

Ici, le visiteur est impressionné par le nombre de tombes qui s’étalent à perte de vue. Dans ce cimetière reposent des personnalités et des hommes modestes. Cependant, tout cela n’a plus son importance, ils sont tous considérés comme des morts. Certaines tombes sont construites en marbre tandis que d’autres sont faites modestement.

« Tout cela n’intéresse pas le bon Dieu, seule la foi religieuse paie. Tout le monde est appelé à passer par cette étape qu’est la mort. Tous ces gens-là, étaient comme vous et moi. Ils vaquaient à leurs occupations et participaient à des cérémonies. Leur tour est arrivé, c’est la raison pour laquelle, ils sont-là aujourd’hui. Que chacun ait ce moment en tête », lance un vieux, le chapelet à la main.

Le métier de laveur de corps nourrit-il son homme ?

Dans la mosquée du cimetière, laveurs et laveuses sont toujours présents sur les lieux. Nous avons rencontré trois femmes laveuses qui y travaillent. A coté de ces dernières, se trouvent aussi des hommes qui exercent le même métier.

Quant la personne décédée est une femme, ce sont les laveuses qui s’occupent  de la toilette mortuaire mais quand, il s’agit d’un homme, ce sont les laveurs qui s’en chargent.

« Cela fait longtemps que j’exerce le métier de laveur de corps. Nous sommes au nombre de trois femmes à le faire. Nous faisons la toilette des femmes décédées. Nous parvenons à subvenir à nos besoins avec l’argent qu’on gagne », confie une laveuse.

Avec ce métier, les hommes aussi bien que les femmes, gagnent leur vie. Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on amène des cadavres à inhumer. Et avant l’inhumation, il faut passer par les laveurs et les vendeurs de linceul.

« Nous sommes tout le temps sollicités. Il ne se passe pas un seul jour sans que nous n’ayons un cadavre à laver. Avec notre métier, nous gagnons notre vie », martèle un laveur. Et notre interlocuteur de poursuivre : «  Ce sont les laveuses qui se chargent de la toilette des femmes décédées. Nous travaillons ici depuis longtemps. Cette activité, c’est notre gagne pain ».

Juste après l’entretien, un car de type « Ndiaga Ndiaye », est arrivé avec beaucoup de passagers à bord. Ils viennent de Dakar et amène  un de leur proche décédé.

Comme, les deux endroits où, l’on effectue les toilettes des morts, sont occupés, ils sont obligés d’attendre. Et comme la personne décédée est une femme, on appelle les trois laveuses qui viennent tout juste de finir la toilette d’une défunte. Du coté des laveurs, ils sont aussi occupés car deux corps attendent leur toilette pour la prière mortuaire.

Une des laveuses est sortie pour demander : « Quels sont les gens qui ont amené celle-là ici ». Et quand un homme se présenta, elle lui tend un seau pour aller chercher de l’eau dans une sorte de grand réservoir construit sur les lieux. Cinq minutes après, elles avaient terminé, demandant d’installer la dépouille suivante.

Lorsque le corps de la défunte est extrait du cercueil, il faut vider la glace qui servait à la conservation du corps dans un caniveau. « Chaque jour, c’est le même scénario jusqu’au soir. Dieu est grand », lance un homme. Après la prière, on achemine les cadavres dans les cimetières pour son inhumation.

A coté de ces laveurs, évoluent également les vendeurs de tableaux en fer qui se frottent les mains. Un tableau est vendu à 2500 F cfa. Le vendeur inscrit le nom du mort en arabe et la date du décès. Et il laisse le soin aux gens qui accompagne le disparu dans sa dernière demeure, d’inscrire sur le tableau, le nom du défunt ou de la défunte et la date du décès en français. « Nous vendons les tableaux en fer pour que les gens puissent identifier la tombe de leur proche. Nous inscrivons le nom et la date du décès en arabe et ceux qui l’ont amené, se chargent de le faire en français », confie un vendeur de tableau en même temps laveur de corps. Tout ce beau monde n’a comme business la mort.

Quant aux fossoyeurs, ils ne contentent de ce que les gens leur donnent après leur travail.

Le cimetière, lieu de convergence des jeunes talibés

Les jeunes talibés rodent aux alentours du cimetière pour demander de l’aumône. Ce qui est impressionnant, ces petits bouts de bois de Dieu, n’affichent aucune peur avec la présence de tous ces morts. Ils jouent même à cache-cache. « Nous venons pour demander de l’aumône. Les gens qui amènent leur mort dans le cimetière, nous donnent parfois beaucoup d’argent. Nous venons ici pour réciter des versets de coran », confie un jeune talibé. Tôt ou tard, tout le monde va passer par l’épreuve de la mort.

La mort, c’est l’inacceptable que tout individu doit apprendre à accepter.

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