Paris et Berlin veulent faire exister l’Europe politique

L’Allemagne et la France ont affiché jeudi leur volonté de renforcer leur coopération pour faire exister l’Europe, au moment où celle-ci voit son influence battue en brèche par le duo sino-américain.

Le 12e conseil des ministres franco-allemand, réuni au palais de l’Elysée, à Paris, a adopté une feuille de route pour les 10 prochaines années sous la forme d’un catalogue de 80 projets communs.

« Nous voulons et nous allons assumer les responsabilités et le potentiel que représente l’axe franco-allemand », a expliqué le président français lors d’une conférence de presse.

« Ce leadership allemand et français n’est dirigé contre personne », a assuré Nicolas Sarkozy. « Simplement nous voulons une Europe qui existe politiquement fortement et pour que l’Europe existe politiquement fortement, l’Allemagne et la France doivent travailler ensemble. »

Ce conseil franco-allemand – le premier depuis le changement de coalition gouvernementale à Berlin et l’entrée en vigueur du traité européen de Lisbonne – a mobilisé la quasi-totalité des ministres des deux pays.

La chancelière Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont annoncé qu’ils présenteraient au Conseil européen informel du 11 février des propositions sur le gouvernement économique de l’UE et les leçons du sommet raté de Copenhague sur le climat.

Parmi les 80 engagements pris dans le cadre de l' »agenda franco-allemand 2020″, les deux pays promettent aussi de mettre en oeuvre des stratégies coordonnées de sortie de crise et de stabilisation de leurs finances publiques.

Ils annoncent aussi des initiatives communes sur le Proche-Orient et en direction de la Russie, ainsi que pour la préparation de la présidence française du G8 et du G20 de 2011.

Beaucoup d’engagements annoncés ont une portée très générale ou un domaine d’application limité. La France paraît avoir tenu compte des réticences de l’Allemagne, peu encline aux grandes envolées symboliques et aux annonces sans lendemain.

« IL FAUT SE COMPRENDRE »

Ainsi, il n’y aura pas de ministres franco-allemands mais seulement la participation, si l’ordre du jour le justifie, d’un membre du gouvernement allemand à des conseils des ministres français, et vice et versa. Angela Merkel a précisé que ce serait un ministre français qui serait d’abord invité à Berlin.

La chancelière a admis que certains projets demandaient encore « beaucoup de travail » et expliqué ce manque apparent d’ambition par un souci de réalisme.

« Il ne sert à rien de perpétuer les promesses qui ne sont pas tenues », a-t-elle dit. « Ce qui caractérise notre coopération c’est que ce que nous avons promis, nous voulons le tenir. »

« Je pense que le temps des grands traités, des grandes déclarations doit un peu s’effacer pour faire du concret », a pour sa part déclaré Nicolas Sarkozy.

Il a assuré qu’il n’y avait ni malaise ni « problème caché » mais la volonté de deux pays qui n’ont ni les mêmes traditions, ni la même organisation politique, de se rapprocher.

« Et pour se rapprocher, il faut se comprendre et comprendre quoi ? Qu’il y a des difficultés propres à chaque pays », a-t-il ajouté, citant l’exemple de la taxe carbone européenne défendue par la France mais regardée avec réticence par l’Allemagne.

« Le mot taxe n’est pas un mot neutre », a souligné Nicolas Sarkozy, selon qui les ministres de l’Environnement des deux pays sont néanmoins d’accord pour trouver un « mécanisme » susceptible de rééquilibrer les conditions de la concurrence ».

Autre gage à la rigueur prêtée à l’Allemagne, notamment en matière de finances publiques : Nicolas Sarkozy a assuré que la France changeait « beaucoup plus encore » que les Allemands pouvaient en avoir l’impression et serait « au rendez-vous de toutes (leurs) attentes ».

La relance du « moteur » franco-allemand sur cette base intervient au moment où les Etats-Unis semblent plus intéressés par les grands pays émergents comme la Chine et l’Inde que par l’Europe – le président Barack Obama a ainsi fait savoir qu’il ne viendrait pas au sommet UE-Etats-Unis prévu en mai.

Au moment, aussi, où se profile un possible changement de gouvernement en Grande-Bretagne, avec l’arrivée de conservateurs beaucoup moins allants que les travaillistes envers la construction européenne.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :