DEGUERPISSEMENT A L’UNIVERSITE DE DAKAR : Le  » couloir de la mort » vidé de ses occupants

Les cantines qui jalonnent le long corridor qui mène aux facultés de l’université Cheikh Anta Diop et qui passe devant le CESTI, que les habitués appellent « couloir de la mort », a reçu hier jeudi, la visite des bulldozers qui ont tout détruit sur leur passage. Les occupants qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait, n’avaient que leurs yeux pour pleurer.

Jeudi noir pour les commerçants du ”couloir de la mort” de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ils ont reçu la visite des bulldozers qui, sous une bonne surveillance policière, ont tout rasé sur leur passage. Le spectacle est des plus désolant. Photocopieuses, ordinateurs, plastifieuses, machines à reliures, et caisses remplies de livres, jonchent le sol. Les propriétaires essaient de sauver ce qui peut l’être et affrètent des camions qui emmènent ce qui reste des bagages vers des destinations inconnues.

Serigne Massamba Fall, un des commerçants, tient une boutique dans le ”couloir de la mort”, s’explique : « j’étais absent. Ce sont les jeunes qui travaillent avec moi qui m’ont appelé. Quand je suis arrivé, ils avaient tout enlevé du magasin que les bulldozers ont détruit. Ce n’est pas ici seulement. Regardez, ce sont tous les magasins du couloir qui ont subi le même sort ».

Les dégâts causés par les bulldozers sont énormes et ont surpris les occupants des lieux. « On avait reçu des sommations pour quitter, mais on ne savait pas la date exacte », affirme Serigne Massamba Fall.

Pourtant, ces travailleurs, des pères de familles pour la plupart, ont longtemps séjourné dans le couloir. « Certains sont là depuis plus de vingt ans » s’exclame ce jeune qui préfère garder l’anonymat.

Les policiers veillent au grain. Ils sont nombreux sur les lieux avec armes et véhicules stationnés par endroit tout le long du couloir, empêchant même les journalistes de faire correctement leur boulot. Le caméraman de Walf TV ne démentira pas, lui qui s’est vu arracher son outil de travail.

Chez les étudiants, le désarroi est le même. Assiètou Ndour Fall du département de Géographie estime que les vendeurs les aident car ils proposent des services à moindre coût et étaient en quelque sorte les gardiens du couloir. « En tout cas, les étudiants que nous sommes, sentiront cette absence » a-t-elle expliqué.

Dans l’enceinte de l’Université, certains tenants de magasins trouvent que « c’est normal ». L’un d’eux rouspète même. « Certes, chacun prend sa chance, mais si l’Etat a besoin de quelque chose, il ne badine pas. Et puis qu’ils ne viennent surtout pas croire que nous allons nous y impliquer. Non ! C’est une affaire qui ne nous concerne pas, on ne veut même pas donner notre avis là-dessus ».

Le déguerpissement impose une omerta qui ne dit pas son nom. Malgré la forte présence d’amis et de parents venus compatir, personne n’ose élever la voix.

kc

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :